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Entretien avec Edward Snowden, mai 2014 à NBC

Publiée le 29 mai 2014 à Opinions à 11 vidéos S'abonner à la chaîne

05/28/2014
De l’analyste à l’espion traditionnel. Dans une interview exclusive accordée à NBC, chaîne de télévision américaine, Edward Snowden revient sur son parcours au sein de la NSA et fait voler en éclat l’idée qu’on s’en faisait.

Dans l’imaginaire collectif, Edward Snowden ne ressemble en rien à l’image de l’espion qui hante films et romans d’espionnage. Il est vu et présenté comme un crack en informatique certes mais surtout comme un agent lambda, un maillon insignifiant dans une chaîne gargantuesque.

L’homme par qui le scandale est arrivé n’avait jamais parlé de ses années passées dans l’antre de l’Agence de Sécurité Nationale. C’est précisément pour apporter sa vérité et réfuter celle propagée par le gouvernement US, faisant de lui un simple « analyste de base », que le jeune whistleblower s’est livré à NBC News. Celui-ci explique qu’il a reçu une véritable « formation d’espion » et a été envoyé à l’étranger sous une fausse identité mais avec un vrai-faux emploi dans le domaine des communications afin d’exercer sa mission dans les meilleures conditions.

J’ai reçu une formation d’espion dans le sens traditionnel du terme. J’ai vécu et travaillé sous couverture à l’étranger, j’ai fait semblant d’avoir un travail que je n’avais pas. On m’a même donné un nom qui n’est pas le mien [...] Je suis un expert technique. Je ne travaillais pas avec d’autres personnes. Je ne recrutais pas d’agents. Je rendais des systèmes opérationnels pour les Etats-Unis. Et j’ai fait cela à tous les niveaux, du bas de l’échelle jusqu’au sommet.

Déroulant ainsi un CV insoupçonné :

J’ai travaillé pour la CIA sous couverture à l’étranger, j’ai travaillé pour l’Agence américaine de sécurité (NSA) sous couverture à l’étranger. J’ai travaillé pour le renseignement militaire (DIA) en tant qu’enseignant à l’académie du contre-espionnage où j’ai développé des sources et des méthodes pour mettre en sûreté nos informations et nos concitoyens dans les environnements les plus hostiles et les plus dangereux de la planète. […] Alors quand on dit que je suis un administrateur systèmes de base, que je ne sais pas de quoi je parle, je pense que c’est quelque peu trompeur.

Comme le souligne justement Libération, Glenn Greenwald, qui a en sa possession l’ensemble des documents de Snowden, abonde en ce sens dans son livre, Nulle part où se cacher, paru le 14 mai aux éditions JCLattès :

Selon la description qu’il [Snowden] livre de son travail à Genève, il était bien plus qu’un simple « administrateur systèmes« . Il était considéré comme le principal technicien et expert en cyber-sécurité de Suisse, et recevait ordre de se déplacer de région en région pour régler les problèmes que personne n’était capable de solutionner. Il avait été expressément choisi pas la CIA pour assister le président Bush en 2008, lors d’un sommet de l’OTAN en Roumanie.

Ces nouvelles révélations expliquent peut-être le dégoût voire la haine qu’il suscite dans les hautes sphères du pouvoir, certains n’hésitant pas à le qualifier de traître.

Interviewé en direct sur NBC ce mercredi, le secrétaire d’État John Kerry ne s’est pas fait prier pour réagir à ces déclarations :

Si Edward Snowden veut revenir aux États-Unis, nous pouvons le mettre dans un avion dès aujourd’hui. Nous serions ravis qu’il revienne. Et il devrait revenir, c’est ce qu’un patriote ferait.

Dans l’un des extraits diffusés par la chaîne, Snowden est interrogé sur le choix de sa destination lors de sa fuite. Pourquoi la Russie ? Ce à quoi l’espion qui en disait trop a répondu qu’il valait mieux demander au Département d’État car ce sont eux qui l’ont « piégé » ici en révoquant son passeport. Ajoutant : « mon premier choix était d’aller à Cuba ». Une réponse qui est loin d’avoir satisfait le chef de la Diplomatie américaine qui estime que l’ancien espion (donc) est :

un fugitif aux yeux de la justice, c’est pour cela qu’il n’est pas autorisé à prendre des avions et voyager à travers la planète, c’est aussi simple que cela. S’il est attaché à l’Amérique et croit en ce pays, il devrait avoir confiance dans le système judiciaire américain. Mais se réfugier en Russie, un pays autoritaire, et simplement dire qu’il essayait de se rendre à Cuba, qu’est-ce que cela veut dire ?

Un patriote ne s’enfuirait pas et ne trouverait pas refuge en Russie ou à Cuba ou dans un autre pays. Un patriote reviendrait aux États-Unis et ferait valoir ses arguments devant le peuple américain. Mais il a refusé de faire cela, jusqu’à présent en tout cas.

C’est la première fois qu’Edward Snowden accorde une interview à une chaîne américaine. L’interview s’est déroulée en Russie où il a obtenu le statut de réfugié pour un an. L’entretien sera diffusé dans son intégralité mercredi 28 mai dans la soirée.

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