Courriel Pinterest Tumblr Stumbleupon Digg Delicious Reddit

Intégrer: 123
Lien:

Nouvelles & politique

2,193 vues

L'Action Nationale VLB La Conférence !!! 1/2

Publiée le 27 octobre 2012 à Balzac à 345 vidéos S'abonner à la chaîne

Politique québécoise - La révolution intranquille
Victor-Lévy Beaulieu - Écrivain 27 octobre 2012 Québec
Depuis les rébellions de 1837-1838, le syndrome Louis-Joseph Papineau conditionne notre inconscient collectif. Plus que la défaite, la victoire nous fait peur.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Depuis les rébellions de 1837-1838, le syndrome Louis-Joseph Papineau conditionne notre inconscient collectif. Plus que la défaite, la victoire nous fait peur.
À retenir









Consultez notre dossier Internet complet sur René Lévesque

La maladie a parfois ceci de bon qu’elle vous oblige à vous détacher des choses lointaines pour vous préoccuper davantage de celles qui sont proches. J’ai passé la récente campagne électorale assis dans mon fauteuil, devant le petit écran ou devant mon portable, à en suivre les péripéties. J’avoue ne pas avoir compris pourquoi analystes et commentateurs n’ont cessé de dire à quel point cette campagne était fascinante à observer. […]

Durant la dernière semaine de la campagne électorale, qui fut d’un vide absolu, je crois bien que tout le monde avait compris que, peu importe le parti qui serait porté au pouvoir, il n’y aurait guère de changements fondamentaux dans la société québécoise. Les trois grands partis ont donc obtenu, à quelques points près, le même nombre de voix. […]

L’inconscient collectif québécois n’a guère changé depuis 1976 : si notre peuple ne cesse de s’interroger sur son identité, sur sa précarité, voire sur sa fin, c’est que nous vivons toujours le cauchemar de la défaite. Dans une autre société que la nôtre, Jacques Parizeau n’aurait sans doute pas démissionné de sa fonction de premier ministre au lendemain du référendum de 1995. Le premier ministre aurait sans doute eu recours à tous les moyens pour dénoncer les malversations antidémocratiques du gouvernement fédéral. À la limite, il aurait pu déclencher un deuxième référendum.

Dommage pour nous qu’il ne l’ait pas fait puisque, collectivement, nous en eûmes les jambes coupées et avons accepté passivement que ce référendum que nous avons dans les faits gagné devienne une amère défaite. C’est ce que j’appelle le syndrome Louis-Joseph Papineau qui, depuis les rébellions de 1837-1838, conditionne notre inconscient collectif. Plus que la défaite, la victoire nous fait peur. Pourquoi ?

Inconscient collectif fissuré

Peut-être nos élites politiciennes ne savent-elles pas amalgamer les choses proches et les choses lointaines, de sorte qu’il y a là dissociation de la pensée collective. Et quand il y a ainsi dissociation de la pensée collective, il ne peut pas y avoir véritablement de projet de société. Le seul que le Québec s’est donné au siècle dernier, c’est celui de la Révolution tranquille, donc il y a plus de 60 ans. […]

Aujourd’hui, les Québécois paraissent divisés comme ils ne l’ont jamais été, fragiles comme ils ne l’ont jamais été, ouverts à tout et, en même temps, fermés à tout, les choses se passant comme si notre inconscient collectif s’était fissuré, pour ne pas dire fractionné à son extrême limite. Quand un peuple en arrive là, la conscience nationale devient peau de chagrin. […]

Voilà pourquoi je pense que Pauline Marois s’est peut-être fait à elle-même un cadeau de Grec en devenant la première femme de notre histoire à devenir première ministre du Québec. […] Par chance, les péquistes furent élus, mais pour former un gouvernement minoritaire.

On sait jusqu’à quel point le premier mois du gouvernement de Pauline Marois fut chaotique. Il nous a remis en mémoire le gâchis du Mario Dumont de 2007, qui devint le chef de l’opposition officielle. […] On connaît trop bien la suite pour ne pas s’inquiéter de ce que pourra vraiment faire le gouvernement péquiste des projets les plus importants de son programme sur la langue, les ressources naturelles, l’environnement, la réforme fiscale et la culture.

[…] Il ne faut donc pas attendre de miracle de ce gouvernement. Forcé à ne voir qu’aux choses proches, il devra mettre beaucoup d’eau dans son vin, ne serait-ce que pour conserver le pouvoir jusqu’à ce que le Parti libéral renouvelé représente à nouveau un fameux risque non seulement pour le Parti québécois, mais pour l’idée même de l’indépendance.

[…] Faut-il alors désespérer de tout ? Peut-on se réconforter à l’idée que les Écossais tiendront bientôt un référendum sur leur indépendance, que les Basques et les Catalans semblent aussi s’y diriger ? Pas tout à fait. Les Écossais, les Basques et les Catalans forment des sociétés homogènes sur des territoires qu’ils occupent en totalité. Ce n’est pas notre cas au Québec. […]

L’intranquillité

Après les élections du 4 septembre, après le premier mois chaotique du gouvernement Marois et face à la prochaine session parlementaire, ça serait encore faire montre de naïveté que de croire que nous ne vivrons pas l’intranquillité. Majoritaire, le gouvernement du Parti québécois aurait sans doute pu se livrer à une gouvernance souverainiste peu dérangeante. Mais ça ne sera pas le cas, parce qu’il est minoritaire et qu’il n’est pas préparé à gouverner autrement.

Avec des adversaires politiques qui ont tout intérêt à le faire mal paraître, les frustrations s’ajouteront aux frustrations, les turbulences aux turbulences, les crises aux crises, autrement dit à une intranquillité telle que le Parti québécois ne pourra pas y faire face à moins de se réinventer. Si le passé est garant de l’avenir, je doute fort que le Parti québécois y arrive de son plein gré, qu’il sache profiter de cette intranquillité pour en faire une force victorieuse, aussi bien dans les choses proches que dans les choses lointaines. Depuis trop longtemps électoraliste, le syndrome Louis-Joseph Papineau, celui de la défaite, trop profondément gravé en lui, le Parti québécois, même malgré nous, pourrait bien nous forcer à des choix radicaux.



Peu de temps devant nous

Nous devons nous y préparer dès maintenant. Voilà pourquoi je propose que nous nous inspirions de ces mouvements de masse qui émergent en Europe, qui rassemblent les femmes et les hommes politiques de toute allégeance, les étudiants et les groupes de pression, les syndicalistes et les entrepreneurs, les scientifiques et les agriculteurs, les intellectuels et le monde dit ordinaire, autrement dit les forces vives de la nation, et cela dans un but commun : sortir de l’intranquillité par une remise en question des institutions, de la bureaucratie qui les parasite, du corporatisme qui en est le corollaire et du grand capitalisme qui force vicieusement le monde à danser en rond.

Nous vivons la fin d’un Moyen Âge et nous avons à inventer la Renaissance. Pour que l’indépendance du Québec devienne une réalité, seul un véritable projet national, donc révolutionnairement intranquille, mais capable de relier les choses proches et les choses lointaines, peut en être le catalyseur.

Nous avons peu de temps devant nous pour mener dans ses grosseurs cette révolution intranquille. Mais si les étudiants ont réussi à créer le « printemps érable », pourquoi un grand rassemblement des forces vives de notre nation ne pourrait-il pas y arriver ? […] On ne vient pas au monde si on ne bat pas avec fureur des mains et des pieds, si on n’apprend pas à hurler ! Un pays, ce n’est pas autre chose que le soi naissant aspirant au nous reconnaissable et reconnu. Jouer de la casserole ne suffit malheureusement pas pour passer de ce soi naissant au nous reconnaissable et reconnu. Comme l’a encore écrit Nietzsche, il faut qu’il y ait transvaluation de toutes les valeurs pour qu’on puisse échapper à l’Éternel Retour du Même. Il m’apparaît urgent qu’on en prenne conscience dès maintenant et qu’on agisse en conséquence !

***

Nous publions une version écourtée d’une conférence prononcée vendredi au Souper-conférence 2012 de L’Action nationale. La version complète sera publiée dans le prochain numéro de la revue.

***


Victor-Lévy Beaulieu - Écrivain
Depuis les rébellions de 1837-1838, le syndrome Louis-Joseph Papineau conditionne notre inconscient collectif. Plus que la défaite, la victoire nous fait peur. Je propose que nous nous inspirions de ces mouvements de masse qui émergent en Europe.

René Lévesque,
Révolution tranquille,
Victor-Lévy Beaulieu,
campagne électorale provinciale

vlblactionnationaleindépendancefrançais

Suggestions

Charger plus de vidéo